Quand François Molins s’avance au pupitre, ce n’est pas bon signe. Après chaque attentat ou coup dur, le souriant sexagénaire prend sa mine des mauvais jours face aux caméras. Au fil des années, les Français ont découvert le procureur de la République de Paris à la télévision, lors de conférences de presse diffusées en direct. Ils se sont aussi familiarisés avec un style. Un phrasé clair, des descriptions chirurgicales. Avec lui, l’institution judiciaire présente un visage plus moderne, plus rassurant. « Il faut bien avouer que ça me fait un bien fou de vous voir », écrit même un journaliste de Libération, dans un billet doux publié en 2015.

A Paris ou ailleurs, ces exercices se sont multipliés ces dernières années. Dernier exemple en date, la conférence de presse de la procureure de la République de Besançon dans le cadre du meurtre d’Alexia Daval. Edwige Roux-Morizot s’est ainsi émue de la « folie médiatique » entourant cette affaire. En équilibre entre le temps judiciaire et le temps médiatique, les procureurs s’apparentent alors à des funambules. Mais comment sont-ils formés à ces prises de parole et quelles sont leurs techniques pour en dire assez, sans trahir les enquêtes ?

François Molins, le magistrat dont on connaît le nom

Malgré son expérience, François Molins a encore le trac. « Quand je vais dans la salle pour faire le point-presse, il y a toujours une petite appréhension et puis quand je commence à parler, c’est terminé », explique le procureur, dans son bureau du quai des Orfèvres, à Paris. Et si ses déclarations ne s’apparentent pas à « une pièce de théâtre », le script est bien rédigé, à la virgule près. Le chargé de communication permanent du parquet prépare le texte, à partir des comptes-rendus de la section antiterroriste, et avec l’aide de l’ensemble du cabinet – quatre ou cinq personnes.

Le procureur de la République de Paris a pris l’habitude de retravailler l’attaque et la fin de ses déclarations, mais aussi d’ajouter sa « patte ». C’est ainsi que les appartements « conspiratifs » – où sont fomentés des attentats – ont fait leur entrée dans le langage courant. Le mot, absent du dictionnaire, est emprunté aux dossiers de terrorisme basque. « J’ai même été plagié un matin par [l’humoriste] Jérôme Commandeur, sur Europe 1, à propos de l’agression de Kim Kardashian [à Paris], sourit l’intéressé. Il avait utilisé le terme d’hôtel particulier ‘partousatif’, ce qui m’avait fait beaucoup rire. Mais je trouve que le terme ‘conspiratif’ est parlant. »

Avec au compteur une cinquantaine de points-presse en cinq ans, François Molins maîtrise désormais l’exercice […]

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Source : Fabien Magnenou – francetvinfo.fr

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